La parenté à plaisanterie est un mode de comportement social que plusieurs pays en Afrique de l’Ouest ont en commun dans leur culture. Elle permet d’interagir par un jeu de rôle en utilisant la plaisanterie comme outil fondamental dans les rapports sociaux. Pour A.J. Sissao
«  la parenté à plaisanterie pourrait se définir comme la gestion sociale par le rire, de différentes sources de tensions possibles. Il s’agit d’évoquer le lien pour le dédramatiser, de jouer sur un savoir-faire pour faire savoir ce qui fut ou ce qui est, de situer l’autre à bonne distance, assez proche pour être le même, mais suffisamment distant pour rester l’autre ».  La parenté à plaisanterie se pratique surtout au Mali (Sanankuya), au Sénégal (Gàmmu en wolof), au Niger (Dendiraagu en pulaar), au Burkina Faso (Rakiré en mooré) et en Guinée. Lorsqu’on parle de parenté à plaisanterie, on entend aussi parler de « cousinage » ; « cousinage à plaisanterie » et « joking relationship ».

Les origines

Les origines de cette pratique ne sont pas évidentes à démontrer mais on stipule que dans l’empire du Mali (13è siècle), Soundiata Keita et ses illustres successeurs ont conclu un pacte national non écrit à travers le système élaboré du Sanankuya (C. Canut et E.Smith). En 1928, Marcel Mauss, sociologue et anthropologue français (1872-1950) est l’initiateur d’une théorisation de la parenté à plaisanterie. Il veut comprendre « Pourquoi X plaisante avec Y et non avec Z ? »

Alliances : « Relations à plaisanterie »

Ainsi plusieurs familles et ethnies peuvent « se taquiner » car elles ont des alliances. Elles sont unies par un lien de parenté créé depuis plusieurs générations. La parenté à plaisanterie peut se faire entre plusieurs familles et entre les membres d’une même famille comme entre les enfants et leurs oncles maternels et grands-parents, entre belles-sœurs et beaux-frères. On retrouve aussi des plaisanteries entre deux ou plusieurs ethnies. Le terme d’alliance à plaisanterie est utilisé lorsqu’il existe un lien entre deux groupes, deux villages, deux quartiers, deux régions, deux ethnies à la suite d’un pacte scellé par des ancêtres, fondé sur des relations amicales, des liens de non-agression, de respect, de solidarité et d’assistance mutuelle

 (C. Leguy)

Dans chaque relation, il y a des symboles. Par exemple entre les rois et les esclaves, les forgerons et les nobles et avec les autres ethnies qui ont la « réputation » d’être des mangeurs d’arachides (ethnie Bissa), des voleurs (ethnie Samo), des mangeurs de chiens (ethnie Gourounsi), buveurs de banji, vin de palme (ethnie Cerma/Gouin…). Parmi toutes les ethnies, les Peuls sont les plus « charriés ». Ex. Les forgerons prétendent qu’ils sont les civilisateurs des Peuls. En résumé, les relations à plaisanterie se situent à différents niveaux : familial (entre parents), clanique (entre personnes de clans différents), interethnique (entre personnes d’origines différentes), entre groupes de travail…. (C. Léguy).

Exemples

Une salariée lance à son collègue « N’oublie pas que tu es mon esclave ! » avant de refermer la porte du bureau voisin. Ce jeu verbal consiste à faire semblant de créer un conflit avec le représentant d’une ethnie tout en respectant les règles et en n’utilisant pas des insultes telles que « bâtard » ou tout autre qui touche à la mère. Cela permet aussi de parler des interdits sans conflits. Par exemple dire qu’on fait la cour à la femme de son parent ou allié à plaisanterie, ne pas dire des injures portant sur les défauts physiques ou moraux de la personne – (C. Léguy).

Ou encore lorsqu’une vieille personne meurt, les membres de la famille alliée tournent en parodie la situation de deuil et se réjouissent parce qu’ils peuvent danser le Warba (danse traditionnelle des Mossis). De cette manière, les parents à plaisanterie dédramatisent la mort et aident les autres à sortir plus facilement du deuil.

Un facteur de paix sociale

Cette façon de jouer un rôle dans les sociétés africaines favorise le vivre ensemble et peut être considérée comme un facteur de paix sociale. Par un jeu de rôle souvent exubérant pour distraire un public, les personnes expriment leurs identités, leurs envies, leur agressivité… La parenté à plaisanterie entretient une mémoire collective et offre une certaine stabilité et paix dans ces pays pluri-ethniques. Les fonctions sociales que remplit cette théâtralisation sociale ont amené par exemple les autorités maliennes à promouvoir cette pratique en organisant la Semaine nationale de l’expression de la parenté à plaisanterie.  l’illustre Sissao, les valeurs sont entre autres : moquerie, injure, portée éducative, effet de défoulement (catharsis), entraide, solidarité, ciment social, vertu thérapeutique au sens où ce jeu permet de « faire le fou pour ne pas le devenir».

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